Les marchés boursiers ont toutefois fait preuve d’une remarquable résilience malgré des vents contraires
Après un mois de juillet marqué par un essoufflement du secteur technologique lié à des doutes quant à la rentabilité des investissements dans l’Intelligence Artificielle (IA), la tendance s’est améliorée en août sur fond de publications de très bons résultats d’entreprises pour le deuxième trimestre 2026 et de croissance économique résiliente, aussi bien aux Etats-Unis qu’en zone euro, et ce malgré un environnement géopolitique très perturbé. Le mois de septembre a été plus heurté, entre hausse notable des rendements obligataires et envolée des cours du pétrole.
C’est dans ce contexte global que les actions mondiales affichent une progression de 13% à fin septembre depuis le début d’année (indice MSCI AC World en dollars), consolidant les gains acquis au 1er semestre.
Les marchés actions américains ont été soutenus par des perspectives bénéficiaires toujours bien orientées, les bons résultats des entreprises technologiques et les investissements liés à l’intelligence artificielle. Le Nasdaq (à composante technologique) a atteint un niveau record, progressant de +16.1% depuis le début d’année à fin septembre. Le S&P 500, quant à lui, affiche une hausse de +12,7% sur la même période.
Les places européennes ont, dans leur ensemble, été plus impactées par la hausse des prix de l’énergie et la forte remontée des taux d’intérêt à long terme. L’Eurostoxx 50 est resté quasi-stable sur le trimestre, affichant néanmoins une tendance haussière depuis le début d’année (+10,3%). L’indice de la bourse de Paris, le Cac 40, a particulièrement souffert sur la période, enregistrant jusqu’à sept séances hebdomadaires de repli entre août et septembre, pénalisé par sa composition sectorielle (notamment le poids des valeurs du Luxe) ainsi que par un climat d’instabilité politique et budgétaire.
Au final, il recule de 0.1% en fin de période depuis le 1er janvier et se retrouve distancé par ses homologues européens, à l’instar des indices italiens et espagnols, portés par la bonne performance du secteur bancaire et de solides données économiques (notamment en Espagne).
En Asie, l’indice Nikkei du Japon a marqué le pas sur le trimestre. Il parvient néanmoins à maintenir sa trajectoire haussière depuis le début d’année (+34.2%), soutenu par des réformes économiques et de solides résultats d’entreprises. Les bourses sud-asiatiques (Taiwan et Corée du sud) ont perdu du terrain au cours du troisième trimestre, affectées par un mouvement de ventes sur le segment des semi-conducteurs en juillet.
Elles restent toujours extrêmement bien orientées à fin septembre (respectivement +73% et 62%) grâce à leur remarquable progression acquise au 1er semestre. Enfin, la Chine reste pénalisée par les difficultés persistantes de son secteur immobilier et une demande intérieure encore faible (-11.9% pour l’indice MSCI China).
Une forte disparité en termes de performances sectorielles en Europe
Avec un gain de 38.1% depuis le début d’année au 30 septembre, l’énergie ressort (sans grande surprise) à la tête du classement des performances sectorielles en Europe, au regard de l’envolée du cours du pétrole sur la période. La technologie arrive en deuxième position avec une progression de 24.8%, malgré des prises de bénéfices durant l’été, suivie des matériaux de base (+24.4%) qui bénéficient de la hausse des cours sur la période dans un contexte d’offre toujours restreinte.
Les bancaires (+22.7%) continuent d’être portées par un environnement de taux normalisé, une discipline financière accrue et une consolidation du marché (en particulier en Europe du Sud). Les services aux collectivités (+11%) ont perdu du terrain au cours du troisième trimestre, mais le secteur reste favorisé parles plans d’investissements en Europe (modernisation des infrastructures, transformation numérique et data centers).
En bas de classement, le secteur de l’automobile (-16,9%) reste encore fragilisé par la faiblesse des volumes mondiaux et la concurrence chinoise dans l’électrique. Enfin, les biens de consommation pâtissent de la hausse de l’inflation et terminent le trimestre sur un recul de 11.8% depuis le début d’année.
Comment les autres classes d’actifs ont-elles évolué sur la période ?
Les marchés obligataires ont évolué dans un contexte où les rendements ont atteint des sommets inégalés depuis plusieurs décennies. Les craintes liées à l’augmentation des déficits budgétaires et les tensions inflationnistes dues à la flambée des cours de l’énergie ont propulsé les taux à la hausse. Ce mouvement a de fait impacté le cours des obligations (quand les taux d’intérêt montent, de nouvelles obligations sont émises avec des coupons supérieurs à ceux des anciennes. Les investisseurs vendent ces dernières pour acheter celles qui rapportent plus).
Le Bund allemand (taux 10 ans de référence en zone euro) et le T-Notes (taux 10 ans américain) terminent le 3ème trimestre à respectivement 3.58% et 5.28% (vs 2.86% et 4.46% à fin juin).
De leur côté, les obligations privées bénéficient toujours des solides situations financières des entreprises. Elles offrent des rendements attractifs, pour autant elles sont de plus en plus fragilisées par la remontée des taux d’intérêt.
Du côté des matières premières, les cours du pétrole sont repartis à la hausse au cours du trimestre, sur fond de reprise des hostilités au Moyen-Orient, l’accord de paix signé entre les Etats-Unis et l’Iran le 17 juin n’ayant pas duré plus que quelques jours. Le baril de Brent de la mer du nord est ainsi repassé au-dessus de la barre des 100 dollars, portant sa progression à plus de 70% depuis le début d’année. Le cours du gaz naturel a également fortement progressé, les perturbations liées à la guerre en Iran limitant l’offre mondiale, tandis que le faible niveau des réserves en Europe accentue encore davantage la pression. Le Dutch TTF Natural Gas (cours de référence en Europe) s’envole de 155% depuis le 1er janvier.
Des taux d’intérêt élevés, symboles d’une nouvelle ère économique mondiale appelée à durer
Dans le monde entier, l’on assiste au même phénomène : une forte remontée des taux longs sous l’influence de multiples facteurs parmi lesquels, la hausse de l’inflation qui a entrainé un durcissement des politiques monétaires des banques centrales (réserve fédérale américaine et BCE en tête), l’augmentation des émissions d’obligations d’entreprises liées à l’IA, augmentant la demande de capital, et les dépenses d’investissements issues notamment des plans de relance en Europe et aux Etats-Unis (modernisation des infrastructures, budgets supplémentaires alloués à la défense), creusant davantage les déficits publics.
En conséquence directe, les sociétés endettées en général et les secteurs qui le sont structurellement, comme les foncières ou les services aux collectivités, sont impactés par le niveau élevé des taux d’intérêt, même si beaucoup de grands groupes se sont refinancés l’année dernière à des conditions plus favorables.
La question de l’endettement des Etats au centre des débats
La hausse quasi-généralisée des déficits publics reste centrale dans les préoccupations actuelles du marché. La dette du gouvernement américain dépasse aujourd’hui les 40 000 milliards de dollars (données du département du Trésor), plus que doublant au cours de la dernière décennie.
Le fort endettement des Etats rend les investisseurs plus exigeants pour prêter à un emprunteur étatique dont la solidité financière deviendrait moins avérée.
Le cas français au centre de l’attention
En fin de 3ème trimestre, le taux d’emprunt de la France à dix ans (OAT) a frôlé 5%, atteignant son plus haut niveau depuis 2002. Il s’agit de la plus forte hausse de ce taux depuis 1987.
Pourquoi un tel mouvement ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La dette publique française atteignait 3 595,5 milliards d’euros fin juin, soit 119 % du PIB (selon l’Insee). Quant au déficit, il devrait atteindre 5,4% cette année, au lieu des 5 % visés, loin de la règle des 3% de déficit public adoptée par l’Union Européenne. En parallèle, la croissance économique française est en retard par rapport à celle de la zone euro. A cela s’ajoute un contexte politique particulièrement incertain dans la perspective des élections présidentielles de 2027.
Conséquence : la situation économique et budgétaire de la France suscite de la défiance de la part des investisseurs. Défiance qui se traduit concrètement par la hausse de l’écart de rendement (ce que l’on nomme le « spread ») entre le titre souverain français et le Bund allemand, référence en zone euro. Cet écart a dépassé le seuil des 140 points de base en fin de 3ème trimestre, un niveau jamais vu depuis 2012. La France emprunte même plus cher que l’Italie, qui a ramené son déficit autour de 3%. Quant à la charge de la dette, c’est-à-dire le montant des intérêts payés par l’Etat, cette dernière ne cesse de croître.
Quelles perspectives pour les prochains mois ?
Malgré un contexte géopolitique plus qu’incertain et le choc énergétique qui en découle, la croissance économique mondiale continue de faire preuve de résilience. L’économie américaine reste robuste, avec des prévisions de bénéfices revues à la hausse pour 2026 et 2027. En parallèle, le marché du travail montre de nets signes d’amélioration. En zone euro, l’économie demeure fragile mais soutenue par une hausse des dépenses de défense et d’infrastructures ainsi que par le cycle mondial d’investissements dans l’Intelligence Artificielle.
La hausse des taux d’intérêt continuera de peser sur les consommateurs et les entreprises, alors même que les banques centrales doivent ajuster leur politique monétaire face aux tensions inflationnistes (augmentant le coût du crédit).
La concentration des performances sur le secteur technologique et le niveau élevé des valorisations, aux USA en particulier, restent des sujets d’attention. Malgré tout, le secteur technologique reste un moteur de croissance indéniable, devant contribuer à environ deux tiers de la hausse des bénéfices de l’indice S&P 500 au troisième trimestre 2026.
Enfin, les publications des résultats d’entreprises au titre du 3ème trimestre seront suivies de près par les investisseurs dans la mesure où elles donneront la tendance des prochains mois.
Source indices : Bloomberg, au 30 Septembre 2026 ; indices publiés dividendes réinvestis et en devises locales
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